
Il y a encore cinq ans, dire à un collègue qu’on partait deux semaines en vacances à 300 km de chez soi, c’était s’exposer à un regard vaguement compatissant. Genre « ah, ok, pas les moyens cette année ? ». En 2026, c’est carrément l’inverse. Celui qui annonce trois week-ends à Bali dans l’année passe pour le mec pas très raccord avec l’époque. Le vent a tourné, et vite.
La tendance qui monte s’appelle le slow travel, et franchement, c’est plus qu’un mot à la mode balancé par des offices de tourisme en manque d’idées. On parle d’un vrai changement dans la façon dont les gens réservent, se déplacent et racontent leurs vacances. Pour ceux qui préfèrent des loisirs plus feutrés à la maison, il y a d’autres options — jouer chez Fatboss en fait partie — mais dehors, sur le terrain, c’est clairement le voyage lent qui prend toute la place.
C’est quoi le slow travel, concrètement ?
Le principe tient en une phrase : voyager moins loin, rester plus longtemps, et arrêter de cocher des cases comme si on remplissait un tableau Excel. Fini le triathlon touristique où on avale six villes en dix jours pour ensuite passer trois mois à trier ses photos.
Les nouvelles tendances mises en avant pour 2026 vont toutes dans ce sens. Reconnexion à la nature, séjours plus proches, formules « multi-hôtels » qui permettent de bouger doucement d’un endroit à l’autre sans refaire ses valises tous les soirs. L’idée sous-jacente, c’est qu’on retrouve du plaisir à ne pas courir. Radical, non.
Une histoire d’argent, aussi
Faut pas se raconter d’histoires. Si le slow travel séduit autant en ce moment, c’est aussi parce que les billets d’avion coûtent un bras, que l’inflation a rogné le pouvoir d’achat, et que partir à l’autre bout du monde pour dix jours devient un luxe que tout le monde ne peut plus s’offrir.

Les formules moins chères, du coup, ont la cote. Le train plutôt que l’avion. Le gîte plutôt que le resort tout compris. La location de chalet en moyenne montagne pour trois semaines plutôt que le all-inclusive à Djerba. On rationalise, mais on redécouvre au passage que le trajet fait partie du voyage. Truc qu’on avait un peu oublié à force de dormir dans les avions.
Perso, je trouve que c’est le vrai point de bascule. Quand une tendance devient à la fois plus vertueuse ET plus économique, elle a de fortes chances de s’installer pour de bon.
Les régions françaises ont compris le truc
Les acteurs du tourisme régional ne sont pas restés les bras croisés. En Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, on est allé jusqu’à imaginer un road trip de 3 000 km pour donner envie de traverser la région en prenant son temps. L’idée n’est plus de vendre une destination unique mais un itinéraire, un rythme, une manière de rouler.
C’est malin. Parce qu’un road trip, ça oblige à s’arrêter dans des bleds qu’on n’aurait jamais vus autrement. Ça fait vivre des villages, des restos, des petits producteurs, des chambres d’hôtes qui galéraient à remplir leurs semaines de mai. Le slow travel, quand il est bien pensé, redistribue les cartes du tourisme au lieu de concentrer les foules sur les mêmes cinq spots Instagram.
Ce qui change vraiment dans la tête des voyageurs
Le truc c’est que ça va plus loin qu’un simple choix de destination. Les gens qui basculent dans le slow travel changent aussi leur rapport au voyage lui-même. On voit moins de « j’ai fait » (« j’ai fait le Vietnam », « j’ai fait le Pérou ») et plus de « j’ai vécu deux semaines dans un village ». La différence est énorme.
L’authenticité, mot un peu galvaudé, revient partout. Sauf que là, elle prend une signification concrète : parler à des habitants, apprendre à cuisiner un plat local, faire son marché plutôt que son buffet d’hôtel, dormir chez l’habitant. Ce genre de choses ne se fait pas en 48 heures entre deux vols intérieurs.
Et puis il y a la fatigue post-voyage qui disparaît. Combien de fois on est rentré de vacances complètement lessivé, en se disant qu’on aurait besoin de vacances pour se remettre des vacances ? Le slow travel évite ça. On revient reposé. Et à 40 balais passés, ça compte, croyez-moi.
Un effet de mode, ou une lame de fond ?
La question mérite d’être posée. On a vu tellement de tendances « voyage » surgir puis disparaître (le « bleisure », le « workation », le « staycation »…) qu’on peut légitimement se demander si le slow travel ne va pas passer de mode dès que le prix du kérosène baissera un peu.
Sauf que là, plusieurs planètes s’alignent en même temps. La conscience écolo, le pouvoir d’achat en berne, le télétravail qui permet de rester plus longtemps quelque part, et surtout une vraie lassitude vis-à-vis du tourisme de masse qui pourrit les grandes villes européennes. Barcelone, Venise, Amsterdam… les habitants n’en peuvent plus. Les autorités serrent la vis. Voyager autrement devient presque une nécessité, pas juste un choix esthétique.
Par où commencer si on veut s’y mettre
Le plus dur, c’est probablement de désapprendre les vieux réflexes. Arrêter de vouloir tout voir. Choisir une région, s’y poser, laisser les journées se remplir toutes seules. Prendre le train même si l’avion est plus rapide de deux heures. Louer un vélo. Marcher.
Les livres de tendances qui sortent en ce moment sur le tourisme insistent tous sur ce point : le voyage n’est plus une performance à documenter, c’est une expérience à vivre. C’est peut-être un truc de bobo, oui, sans doute même. Mais entre nous, c’est aussi juste du bon sens qui revient après vingt ans d’égarement.